METZ LA GUERRIÈRE
Metz est une ville chargée d'histoire. Elle existait déjà au temps des Gaulois.
Admirablement située sur la Moselle, la grande rivière lorraine, au confluent Moselle-Seille, frangée de côtes la protégeant naturellement, la ville est un camp retranché, le site se prêtait à l'installation d'une grande métropole.
Après leur conquête, les Romains y élevèrent un amphithéâtre et construisirent un imposant aqueduc lui amenant les eaux de la forêt de Gorze. Les vestiges de cet Important ouvrage subsistent encore à Jouy-aux-Arches, la bien nommée.
Les Mérovingiens, plus tard, firent de Metz leur capitale.
Ville libre au XIIe siècle, elle devint protectorat français en 1552 après que Charles Quint vînt y soutenir un siège désastreux pour ses troupes contre François de Guise qui la défendait.
Annexée au royaume de France au traité de Westphalie en 1648 elle est était la plus importante ville de la province lorraine unifiée après le rattachement du duché de Lorraine à la couronne.
En 1870, défendue par Bazaine, elle est livrée sans combat aux Prussiens.
C'est la déchirure. Annexée à l'Empire d'Allemagne naissant, nombre de ses enfants refusent de se soumettre. C'est l'exode vers Nancy et la partie de la Lorraine restée française. Le traité de Francfort portait les germes de l'expansion de Nancy, sa voisine.
Metz supporte une pénible occupation. L'Allemagne en fait une ville de garnison et de fonctionnaires, puissamment fortifiée.
En 1918, redevenue française, la ville en liesse y accueille ses libérateurs. Elle est témoin de l'accolade fameuse de Poincaré et Clemenceau soudain réconciliés devant l'élan de joie d'une population enthousiaste.
La dernière guerre mondiale n'épargne pas la grande cité. Occupée par les Allemands dès l'armistice de juin 1940, elle est rattachée au Grand Reich, en attendant l'issue du conflit. Les habitants supportent avec dignité une nouvelle occupation. Bon nombre sont expulsés et gagnent la zone libre. La population résignée mais confiante aide les prisonniers évadés des camps. La résistance à l'oppresseur s'organise et agit.
En septembre 1944, la Troisième Armée américaine, aux portes de Metz, commence un siège qui dure plus de deux mois. L'armée allemande aux abois, défend avec acharnement les forts et bastions qui font de la ville une puissante forteresse.
Le 19 novembre 1944, enfin, 26 ans jour pour jour après sa première libération, Metz voit l'armée américaine l'investir et la libérer. C'est la fin du cauchemar.
Cité militaire, camp retranché, Metz fut longtemps encerclée de remparts qui l'étouffaient lui interdisant toute expansion. Ses maisons s'entassaient le long de rues et ruelles étroites : c'est le vieux Metz, non dépourvu de charme avec ses noms de rues vieillots : en Néxirue, en Fournirue, en Jurue...
Les vieux remparts furent supprimés. La porte des Allemands reste un vestige des fortifications. De nouvelles constructions élevées par les Allemands sont d'un style germanique et colossal. Ce sont la gare et l'hôtel des Postes. Des casernes typiques furent bâties. De beaux boulevards et parcs ont été aménagés le long de la pittoresque vallée de la Moselle. C'est le nouveau Metz avec sa magnifique esplanade. De grandes places comme la place de la République ouvrent la perspective.
Le monument le plus remarquable est la cathédrale. Elle est l'œuvre de plusieurs siècles. Elle a été commencée vers 1221>.
L'édifice est surtout valable par son admirable architecture. La décoration n'est qu'accessoire. C'est un magnifique vaisseau aux tours minuscules s'élevant très peu au-dessus de la toiture. Mais ses murs, d'une hauteur inusitée sont percés de tant de fenêtres garnies de vitraux (dont quelques-uns d'art moderne) qu'elles font de l'église une immense verrière. Nulle autre cathédrale n'offre autant de surface ouverte au jour. C'est l'une des plus belles de France.
L'une de ses tours, encastrée dans l'ensemble est l'ancien beffroi de la ville. Son troisième étage abrite la Mutte, la fameuse cloche messine qui fait entendre sa voix grave aux grandes occasions : en 1870, lugubre, elle a annoncé la capitulation de Bazaine. En 1918 et 1945, à toute volée, elle chantait la victoire des armées alliées et la fin de l'occupation et de la séparation.
Dès son entrée dans l'édifice, le visiteur est saisi par la hauteur de sa nef et la magnificence de son immense rose du XIVe siècle.
Le transept, ajouré, comporte des verrières hautes de plus de 30 mètres, larges de 12,75 m. Ce sont 800 mètres de vitraux magnifiques qui s'illuminent aux jeux de la lumière. On remarquera à l'intérieur les vitraux modernes, œuvres de Jacques Villon et Marc Chagall.
Le trésor mérite une visite attentive.
L'Hôtel de Ville est sur la place d'armes. Il date du XVIIIe siècle. Au milieu de la place s'élève la statue du maréchal Fabert, enfant de Metz.
Il faut voir l'église Saint-Pîerre-aux-Nonains, à l'extrémité de l'esplanade. Elle passe pour être la plus vieille de France. Il n'en reste que la nef élevée sur une basilique romaine du IVe siècle.
L'église Saint-Martin est aussi âgée que la cathédrale. On peut y admirer des vitraux des XVe et XVIe siècles.
Le palais de Justice est un édifice qui date du XVIIIe siècle. Son grand escalier aux rampes de fer forgé est à voir.
Metz est surtout une grande cité commerçante en pleine expansion. Ses petites rues du centre sont très animées. La rue Serpenoise, la grande artère, aligne ses boutiques et magasins au rez-de-chaussée des immeubles. Leurs vitrines aux étalages renouvelés ont le bon goût de la cité. Toute la journée c'est un fourmillement continuel de promeneurs affairés venant de tout le secteur proche de la métropole.
Voisine du royaume du fer et de la grande métallurgie, Metz accapare sa banlieue pour faire face à son mal de croissance. Comme sa voisine, Nancy, elle a des problèmes identiques à résoudre.
Rattachée à l'université de Strasbourg, Metz, par l'importance de sa population, voit s'amplifier chaque année le nombre de ses enfants, étudiants, devant poursuivre leurs études, soit à Nancy, soit à Strasbourg. Des établissements supérieurs sont créés à Metz pour endiguer cette hémorragie. Les établissements secondaires se multiplient et doivent encore se construire.
Admirablement desservie par un réseau ferré dense, tête de lignes pour la desserte du secteur nord de la Lorraine vers le Luxembourg et la région minière ferrifère et houillère, la modernisation de son réseau routier s'imposait. Une autoroute à grand trafic la relie à Thionville et se prolonge vers la frontière Luxembourg-Allemagne. La canalisation de la Moselle est activement poussée pour en faire un important port fluvial sur un canal à grand gabarit. Sa liaison avec Nancy par une autoroute rapide est en cours de réalisation. De grands espoirs sont fondés sur la création prochaine d'une métropole Nancy Metz, s'étalant sur le cours de la Moselle, véritable poumon d'une région industrielle future de première grandeur.
Mais pour bâtir un avenir florissant, il faut nécessairement faire taire les ambitions des hommes, la rivalité des deux cités sœurs. C'est dans une conjugaison d'efforts et une amitié réciproque que les deux villes doivent œuvrer, en faisant preuve d'initiatives hardies. Nancy et Metz en sont fort capables.