NANCY LA COQUETTE
Dans une région au passé aussi tourmenté que la Lorraine, les richesses ont été souvent perdues au cours des invasions et des pillages.
Des cités florissantes ont été saccagées, ruinées, et végètent actuellement.
D'autres ont dû être reconstruites entièrement. Seuls, les grands monuments ont résisté, témoins du savoir-faire des habitants de l'époque. Beaucoup ont été restaurés pour réparer les outrages du temps et des vandales.
Les grandes villes, heureusement, n'ont guère souffert des combats.
Sans conteste, Nancy est la capitale de la Lorraine, par son importance, son renom artistique et intellectuel.
L'ancienne capitale des ducs de Lorraine est fixée dans un site prédestiné à l'installation d'une grande cité, au voisinage de la Meurthe et de la Moselle. Résidence des ducs, elle n'a pris véritablement son essor qu'en 1871 et doit son accroissement rapide aux industriels et ouvriers fuyant la domination allemande.
Elle est dotée d'un réseau ferré dense et les canaux qui l'entourent en font un port fluvial important. Elle se trouve à portée immédiate du bassin ferrifère de Nancy et du gisement de sel de la Meurthe-Seille.
Son renom artistique est mondial.
La " Ville aux portes d'or " possède, enchâssé dans son centre, un joyau unique du XVIIIe siècle. L'ensemble architectural imaginé par l'architecte Héré et embelli par le ferronnier Jean Lamour a été construit sous Stanislas Leczinski roi de Pologne déchu et dernier duc de Lorraine. Cet ensemble reliait la vieille ville à la ville neuve. Il est admirable.
C'est le triomphe de la majesté, de l'élégance et le souci constant de l'ornementation dans la délicatesse. La place Stanislas, avec ses grilles d'or encadrant ses magnifiques fontaines, prolongée par l'arc de Triomphe qui ouvre la vue sur la place de la Carrière et son fameux hémicycle fermé par le palais du Gouvernement est ce qui s'est fait de mieux à l'époque. La statue de Stanislas, qui a remplacé celle du roi Louis XV mise bas à la Révolution alourdit seule la perspective sans toutefois l'enlaidir.
Il n'y a point de place dont le plan soit mieux dessiné et dont les édifices présentent des dehors aussi harmonieux.
Le souvenir qui restera gravé dans la mémoire des visiteurs sera l'image d'une œuvre achevée qui- reste l'une des merveilles du goût français.
La place d'Alliance, toute proche, est, quoique petite, admirable de bon goût avec son élégante fontaine, œuvre du sculpteur Cyffle.
En visitant la vieille ville, dans le dédale des petites rues, le curieux saura trouver d'anciennes bâtisses curieuses du style le plus pur, comme le bel hôtel d'Haussonville.
Le palais ducalest à deux pas de la Carrière. D'aspect médiéval, il rappelle par son allure générale, le château de Blois. Sa magnifique portière d'entrée est inspirée de l'art italien de la Renaissance. La décoration est d'une suprême richesse. Il abrite le Musée lorrain d'une valeur exceptionnelle par la qualité de sa présentation. Là est évoquée l'histoire de la Lorraine depuis les premiers âges. Il contient à peu près toute l'œuvre de Jacques Caillot le grand graveur lorrain ainsi que des tableaux de Georges de La Tour un spécialiste du clair-obscur et de Claude Gellée dit Claude le Lorrain, qui a été surnommé "le Raphaël du paysage".
Tout près, la chapelle des Cordeliers est le " Saint-Denis des ducs de Lorraine " qui y étaient enterrés avec une solennité extraordinaire. Un vieux proverbe lorrain, écrivait Lionnois, dit que "le couronnement d'un empereur à Francfort, le sacre d'un roi de France à Reims et l'enterrement d'un duc de Lorraine sont les trois cérémonies les plus magnifiques qui se voient en Europe ". La Lorraine a fait au maréchal Lyautey, son enfant, pacificateur du Maroc, de telles obsèques.
La porte de la Craffe est à portée du palais des ducs. Sa partie centrale a cinq siècles d'existence. Monument massif, elle porte au-dessus de son entrée, la croix de Lorraine ajourée. Nulle part ailleurs, l'emblème n'était mieux placé.
La Pépinière, belle promenade de 20 hectares est toute proche. C'est un lieu de repos, magnifiquement ombragé, avec d'immenses pelouses décorées et fleuries ainsi qu'une roseraie remarquablement tracée.
La ville neuve, imaginée par le duc Charles 111 avec de larges rues se coupant à angle droit, est envahie par les magasins. Tout le commerce est fixé dans ses grandes artères.
Bien d'autres monuments ou musées sont à voir à Nancy. Mais l'essentiel tient " dans un mouchoir de poche ". De la place Stanislas à la Craffe, il n'y a que quelques minutes de chemin à pied.
Nancy est une grande ville industrielle. C'était autrefois le grand centre français de la chaussure. Cette industrie a périclité entre les deux dernières guerres. Il n'en reste qu'une très importante manufacture. En revanche, Nancy a d'importants ateliers de transformation, une grande minoterie, des usines de mécanique et de fabrication de matériels électriques. C'est aussi une ville de résidence Les principales sociétés lorraines y ont leurs bureaux.
Nancy est surtout un grand centre intellectuel. Elle est le siège d'une des plus grandes universités de France, l'une des quatre à avoir cinq facultés : Lettre, Droit, Médecine, Sciences, Pharmacie. Plusieurs grandes écoles scientifiques sont liées à l'université Mines, Électricité, Brasserie, Géologie. Le renom de sa faculté des Sciences est européen. Le nombre des étudiants étant chaque année en augmentation, la ville construit de nouveaux locaux, de nouvelles cités universitaires pour abriter le flot d'élèves toujours croissant.
Parallèlement les établissements secondaires se multiplient : le nombre de lycées à Nancy a doublé en moins de dix années et les établissements sitôt ouverts sont déjà surpeuplés.
Les collèges d'enseignement secondaire sont construits en toute hâte dans les quartiers et localités avoisinant Nancy. Ils ne suffisent pas toujours à accueillir les enfants.
Car la population est en croissante augmentation. Nancy n'y suffit plus. La ville est étendue jusqu'aux confins du possible. De grands ensembles ont été édifiés partout où cela était faisable. C'est maintenant la banlieue immédiate qui profite de cette expansion. La délimitation des communes est devenue impossible. Le Grand Nancy, l'agglomération nancéienne groupe 250.000 habitants. Toute parcelle de terrain est utilisée jusqu'au moment où l'on se heurte à la grande forêt. Peut-être n'y résistera-t-elle pas?
LA BANLIEUE NANCÉIENNE
Extrêmement populeuse, elle est formée de cités-dortoirs. Quelques usines s'y installent. Les zones industrialisées s'y multiplient.
Champigneulles, est le siège d'une brasserie réputée de taille européenne.
Le touriste pourra faire quelques kilomètres en voiture pour voir l'essentiel des monuments qui méritent la visite.
Le château de Fléville, à cinq kilomètres de Nancy, est un monument de style Renaissance, l'un des plus beaux de Lorraine.
A cinq kilomètres, également on peut admirer la chartreuse de Bosserville aujourd'hui désaffectée. C'est un beau monument d'inspiration classique, considéré comme l'une des plus belles chartreuses (monastère de chartreux) de France.
De Bosserville, on aperçoit les tours de la basilique de SaintNicolas-de-Port: deux énormes grenadiers casqués. L'envolée des tours est remarquable. Vu de près, le monument est imposant et ne déçoit pas. Jeanne d'Arc y vint prier pour le salut du royaume de France.
La voûte gothique est d'une hauteur anormale soutenue par de hardis piliers de 28 mètres, les plus hauts de France. Chose unique : l'axe intérieur est dérivé. Le splendide édifice a terriblement souffert. Brûlé durant la guerre de Trente Ans avec toute la localité, bombardé en 1940.
Il impressionne par son architecture et mériterait plus d'attention des services nationaux. Les ans y accentuent encore le ravage qui émeut.
Lunéville est à quelques lieues. Résidence préférée du roi Stanislas, dernier duc de Lorraine, elle abrite l'important château qu'il fit construire sur les plans de Germain Boffrand, un élève du grand Mansart. L'ouvrage est empreint du classicisme du XVIIIe siècle. Ses grandes heures datent de Stanislas qui y attirait une cour joyeuse et cosmopolite, ouverte aux écrivains et philosophes de l'époque. Voltaire y séjourna à plusieurs reprises. Les jardins attenant au château " les Bosquets " sont à voir. Restaurés en 1945, ils ont retrouvé leur aspect du XVIIIe siècle, celui de leur création.
Haroué, sur les bords du Madon, cache un château datant également du XVIIIe siècle. Il appartient aux princes de Beauvau-Craon. C'est un édifice imposant dont l'intérieur est remarquable.