Non loin de Nancy, vu de haut sur la bosse de Vaudémont, berceau de ses princes, le panorama sur le plateau lorrain est splendide. Les houles du Xaintois, avec ses champs de labour, ses prairies, ses vergers forment une étrange et immense mosaïque.
C'est un spectacle de choix. Maurice Barrès, enfant du pays, y a longuement médité sur les malheurs de la patrie : c'est la " Colline inspirée ".
La vue est barrée à l'est par les côtes et l'immense forêt de Haye. Au loin on devine la " ligne bleue des Vosges " barrant l'horizon. Ces lieux ont été fréquentés de tout temps par les Lorrains, surtout entre les trois dernières guerres.
Le pèlerinage de Notre-Dame, sur la butte de Sion, était le prétexte net du refus du déchirement de la Lorraine, mutilée par le traité de Francfort. "Ce n'ame po tojo " (ce n'est pas pour toujours) affirmait, en patois du pays, le ruban tricolore drapé sur la Croix de Lorraine brisée, symbole de la séparation brutale des deux grandes villes sœurs Nancy et Metz et prémices de leur future réunion dans la province réunifiée.
De ce haut lieu lorrain, on pourrait croire que la région est surtout agricole. Elle le fut, jadis. Mais la terre est ingrate, dure à maîtriser. Le remembrement a été difficile et n'est pas terminé. Le climat est rude, pluvieux et froid en hiver. Le printemps est court avec des brusques sautes de température. Les immenses vergers de mirabelliers sont souvent stériles, lorsque les gelées de mai ont ruiné la récolte.
Si l'élevage et le troupeau bovin sont encore imposants, l'agriculture a perdu beaucoup de son importance. Comme partout, les villages se dépeuplent. Les jeunes fuient vers la ville ou les grands centres usiniers qui leur offrent une vie plus facile et des distractions inconnues à la campagne.
Il faut aller vers Nancy, suivre les vallées de la Seille et du Sanon, remonter le cours de la Moselle, pousser au-delà de Metz, chercher les vallées de l'Orne ou de la Fensch, pour découvrir la vraie grandeur du pays à l'époque moderne.
Si le sol est ingrat, les sous-sols sont riches.
La Lorraine est la première région de France pour la fourniture du sel gemme, la première d'Europe pour l'extraction du minerai de fer, la première de France dans sa transformation. Un journaliste en renom l'a appelée "Le Texas français".
L'évolution est constante. Les sites sont changeants et méconnaissables d'une année à l'autre. Les cités poussent comme des champignons. La population est dense, laborieuse, industrieuse.
L'INDUSTRIE
Nancy voisine la région du sel. L'industrie saline est fixée dans les vallées de la Meurthe, de la Seille, du Sanon, de la Sarre. Le sel gemme est extrait par abattage ou sondages. Il approvisionne toute la France. Il est transformé en soude à Dombasle-sur-Meurthe aux usines Solvay. Il est destiné à différentes industries de transformation : glace, eau de javel, savon, produits de nettoyage, produits chimiques, produits pharmaceutiques.
A Nancy débute la zone de l'industrie dite lourde : celle des hauts fourneaux et des fonderies. Neuves-Maisons fabrique des aciers ainsi que Pompey, Pont-à-Mousson des canalisations de fonte.
Le bassin minier de fer, le plus riche d'Europe occidentale, est situé au nord de Metz, bassin de Thionville à l'ouest, bassin de Longwy dans le nord du département de Meurthe-et-Moselle. C'est le royaume des mines et du feu, aux cheminées gigantesques, aux populeuses cités ouvrières, longeant les rues des localités.
C'est maintenant le pays des grands ensembles, à l'écart des stades de production, aux villages en perpétuelle mutation, cités-dortoirs de la cohorte des ouvriers métallurgistes.
Toutes les grandes firmes, les Maîtres de Forges sont installés là : dans la région de Longwy avec Micheville, la Chiers, Auberive, la Providence, Longwy, Saulnes. Aux terres rouges à Audun-leTiche et Villerupt; dans la vallée de la Fensch : Hayange, Knutange, le groupe de Wendel ; dans la vallée de l'Orne avec le groupe Sidelor à Rombas, Auboué, Homécourt, de Wendel à Jœuf, Moyeuvre; dans la vallée de la Moselle : Sollac à Sérémange et Ébange, Thionville, Uckange, Hagondange.
Chacune de ces usines est un ensemble compliqué : les hauts fourneaux transforment le minerai en fonte à l'aide du coke, les concasseurs utilisent le résidu, le laitier. Les grandes sociétés possèdent leurs mines, ont d'autres usines de transformation à l'étranger, possèdent des comptoirs de vente dans le monde entier, emploient des dizaines de milliers d'ouvriers.
Mais le minerai lorrain, la minette, a malheureusement une faible teneur en fer. Il est actuellement concurrencé par l'apport du minerai riche des pays d'outre-mer. Une crise grave a secoué toute la région. Des mines ont cessé leur exploitation, mises en sommeil provisoire. Le Lorrain, avec son caractère tenace, a su faire face à l'adversité. Comme il a su créer sa richesse, il s'adaptera et saura bien transformer son industrie majeure.
La Lorraine est également riche en charbon. Le bassin lorrain continue en France le bassin allemand de la Sarre.
Depuis 1945 seulement il est véritablement exploité. Il produit maintenant le 114 de la production nationale. Placé à proximité des mines de fer, il distille le charbon pour fournir du coke utilisé dans la fabrication de la fonte par les hauts fourneaux. Les résidus alimentent les industries annexes. Le gaz enfin chauffe les fours et la population qui l'utilise à des fins domestiques.
L'industrie textile s'est surtout développée après 1971. Créée de toutes pièces par des patriotes alsaciens refusant l'annexion elle s'est installée dans le département des Vosges. Elle est d'importance nationale mais traverse actuellement une crise grave. Gérardmer est le centre du textile de même que Thaon sur la Moselle, spécialisée dans le blanchiment et la teinture des tissus.
La Lorraine est enfin un pays riche en eaux minérales et thermales chaudes ou froides.
Ses grandes stations thermales, situées dans le département des Vosges voient arriver chez elles des dizaines de milliers de malades et exportent une quantité invraisemblable de bouteilles d'eaux minérales dans tout le pays : Vittel, Contrexéville, Martignyles-Bains, Plombières-les-Bains, Bussang, Amnéville, sont des cités accueillantes où le touriste saura trouver le repos et les divertissements qui lui rendront le séjour agréable dans des sites enchanteurs.