LA MARCHE DE L'EST


Depuis toujours, la Lorraine a été un pays d'enjeu entre la France et les pays germaniques.
C'est le champ clos où se réglaient jadis, par les armes, les querelles entre les princes rivaux.
Depuis un siècle, c'est là que s'affrontent France et Allemagne.
La géographie a immuablement fixé son destin.
C'est, par excellence, une région où on se défend.
Elle y est aidée naturellement, par l'orientation nord-sud de ses grandes vallées, frangées de côtes et de plateaux couverts de forêts complices : à l'ouest les doubles côtes de Meuse et d'Argonne gardant l'accès du bassin parisien, le plateau de Haye à l'ouest de Nancy, le massif vosgien au sud-ouest.
Les vallées sont larges, magnifiquement arrosées.
La montagne vosgienne alimente en toutes saisons rupts et rivières.
Elle tient le rôle de barrière aux vents de l'ouest, les fixe et déverse l'eau qui ruisselle sur un terrain lourd et non spongieux.
La grande forêt tapisse pentes et plateaux.
Elle est dense et ses frondaisons sont magnifiques.
C'est un des éléments du rempart aux invasions.
Toutes les vallées sont riches en eaux courantes.
Prolixe, la Lorraine alimente trois mers :
la mer du Nord, surtout, en y envoyant la Meuse et la Moselle, la Méditerranée par la Saône, la Manche par l'Ornain et la Saulx.
C'est pourtant la mer du Nord qui reçoit la presque totalité de ses eaux.
C'est pourquoi ses deux grandes vallées ont été les routes historiques de toutes les invasions.
La rivière essentielle est la Moselle avec son grand affluent la Meurthe.
Toute la vie importante et active s'est fixée sur leurs cours.
Les grandes métropoles sont installées sur ce bassin :
Nancy, sur la Meurthe à deux pas de son confluent avec la Moselle, Metz, plus au nord, sur la Moselle, canalisée aujourd'hui, et ouverte au grand trafic international.
Admirablement défendues, à l'abri des côtes, les deux grandes cités sont villes de garnison, portes clés de défense de toute la région et du pays de France.
La Meuse, rivière ruinée, privée d'important affluent en Lorraine, somnole dans les prés verdoyants de son cours supérieur.
C'est pourtant le grand fleuve historique de la Lorraine et de la France.
C'est de Domrémy qu'est partie Jeanne d'Arc pour sa chevauchée fantastique préparant la fin d'un long conflit opposant France et Angleterre.
Son épopée eut une influence prépondérante sur l'histoire de l'Europe occidentale.
C'est à Sedan que sombra le second Empire.
C'est à Dinant, Namur et Liège qu'en 1914 les Belges opposèrent à l'envahisseur commun une opiniâtre résistance.
C'est à Verdun, cité martyre, que furent brisées en 1916 les gigantesques offensives allemandes.
C'est encore à Sedan et Dinant, enfin, qu'au cours de la dernière guerre mondiale, la puissante armée blindée allemande creva le front et, dévalant la rive droite de la Meuse, prit à revers notre système de défense.
La Lorraine a toujours horriblement souffert de l'invasion.
Longtemps enjeu entre les pays germaniques et le royaume de France elle a vu les armées s'affronter sur son sol.
La guerre de Trente Ans faillit la ruiner à jamais : elle perdit plus de la moitié de sa population.
Des cités florissantes, comme Saint-Nîcolas-de-Port ne s'en sont jamais relevées.
Mais le Lorrain est tenace, attaché à sa terre. Il a surmonté les difficultés.
Rattachée une des dernières au royaume de France, la province est devenue le bouclier naturel contre l'invasion.
Un tel rôle de sentinelle du pays de France se paie cher, hélas.
La terre lorraine en porte les stigmates, aux lieux de défense.
Les cimetières militaires aux nombreuses croix blanches, alignées en sections innombrables sont les témoins du sacrifice de ses enfants et de leurs compagnons d'armes d'outre-mer ou océan, restés, là, pour le même combat.
L'envahisseur a buté sur les défenses. La terre en a horriblement souffert. Des villages ont disparu à jamais, soufflés par la mitraille. L'herbe et les forêts ont essayé de cacher les meurtrissures, sans y parvenir.
Le sol, lui-même malade, hésite encore à accomplir sa fonction naturelle, abreuvé de trop de sang et pourri de ferraille. Chaque carré de terre est parfois encore un linceul, sur les côtes de Verdun, l'invaincue.
Le Lorrain a toujours fait face à l'adversité. Laborieux, il a repris la charrue ou la truelle, pansé ses blessures. Comme à chaque page douloureuse de son histoire, il a courageusement fait front pour cacher les cicatrices et préparer de nouvelles moissons.
Dans cette zone de bataille, comment le Lorrain ne serait-il pas naturellement un patriote et un soldat?
Après Jeanne d'Arc, la pucelle nationale, les grands hommes de guerre lorrains sont nombreux.
Fabert puis ceux qui se sont illustrés dans les guerres napoléoniennes : Oudinot, Exelmans, Drouot, le Sage de la Grande Armée, Mouton, Ney, le brave des braves.
Plus près de nous Mangin, et Lyautey.
Les grands soldats ont commandé ses régiments.
C'est Foch qui partit en 1914 de Nancy à la tête du XXe Corps d'Armée, avant de gravir les échelons et finir général en chef des Armées Alliées en 1917.
Le colonel Charles de Gaulle commandait une unité blindée à Metz en 1940 avant d'être appelé au Gouvernement et devenir ensuite le symbole du refus au renoncement et marquer notre histoire d'une marque indélébile.
Voilà qui explique bien que la Croix de Lorraine fut l'emblème de la France libre et de la Résistance.


VISITE AUX CHAMPS DE BATAILLE


Il ne faut pas quitter la Lorraine sans aller visiter Verdun et les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.
Là on mesure l'horreur de la guerre et les épreuves endurées par les soldats. Là, on peut seulement comprendre les souffrances de la population lorraine subissant trois invasions en moins d'un siècle. Et souhaiter, comme les habitants, ne jamais plus revoir de nouveaux conflits.
Dans une région qui s'industrialise comme la Lorraine, ce n'est pas dans les villes qu'il faut aller pour connaître l'âme de la région.
Il faut aller à pied, sillonner les routes secondaires, s'attarder dans les petits villages adossés aux côtes, accroupis près des rivières, dans le Pays messin, ou dans le Xaintois, le Saulnois, ou le Vermois, rencontrer les habitants, converser avec eux.
Le Lorrain est froid dit-on et c'est vrai ; mais si l'on sait cultiver l'amitié son attachement est durable. Quand il a donné sa parole et son affection, il ne les retire plus.
Il faut comprendre les habitants, connaître leurs usages, leurs coutumes, s'instruire sur la signification de certains monuments ; parfois de simples croix ou de vieux calvaires ravinés par les ans. Tous ont leur histoire, et perpétuent les faits marquants que connaissent bien les villageois, Lorrains de souche.
La Lorraine vous souhaite une cordiale bienvenue. Puissiez-vous en venant la visiter la comprendre et, comme Barrès, vous y attarder pour y méditer.